LE CONTROLE DES DENREES ALIMENTAIRES AUX
FRONTIERES
de Claude MONTASSIER
Technicien Supérieur des Services
Vétérinaires
L'auteur
se propose de "décoder" ici la réglementation
communautaire pour expliquer ce que l'on entend par contrôle des
denrées aux frontières. Il conclut sur la mondialisation du
commerce qui devrait diversifier les choix du consommateur sans
imposer pour autant une universalité alimentaire
INTRODUCTION
Le
premier janvier 1993 a vu la réalisation du Marché Unique
concourant à la suppression des contrôles sanitaires des
denrées alimentaires d'origine animale aux frontières. Cette
liberté implique l'instauration d'un dispositif de remplacement
au titre de la sécurité alimentaire. Pour concilier la libre
circulation des flux commerciaux et l'encadrement vétérinaire
de la salubrité des viandes, poissons, produits laitiers et
ufs, le nouveau contrôle s'exerce à deux niveaux. Le
premier concerne les échanges intra-communautaires, c'est à
dire les marchandises circulant entre les états membres, le
second se rapporte aux importations, autrement dit les
marchandises des pays tiers. Ces deux niveaux de contrôle se
complètent d'une double vérification, les contrôles à l'origine
(sur les lieux de production) et les contrôles à destination (chez
le premier destinataire).
HISTORIQUE
Avant le
marché unique chaque pays réglementait ses importations au
titre de la souveraineté nationale. Cela se traduisait le plus
souvent par des interdictions d'introductions et par des
dérogations. Le pays fournisseur devait se conformer aux
demandes du pays importateur. Pour les états européens cela se
traduisait par beaucoup d'interdictions et autant de règlements
à respecter, quand il ne s'agissait pas de protectionnisme
caché!
Le
Traité de Rome du 25 mars 1957 prévoyant la liberté de
circulation des personnes, des capitaux, des services et des
marchandises amène le Marché Unique avec la libre circulation
des denrées. L'Acte Unique de 1985 affirme le désir de
création d'une zone économique dans toute la communauté. Le
Marché Intérieur voit petit à petit le jour par la parution de
plusieurs directives destinées à harmoniser les législations
entre les états pour rendre communs les critères de mise sur le
marché.
L'HARMONISATION
L'existence
du nouveau marché se base sur la confiance réciproque et l'obligation
d'assistance mutuelle entre les Etats membres. Toute information
en rapport avec les marchandises doit circuler et chacun doit
coopérer pour remédier aux problèmes. La mise en place des
conditions sanitaires s'élabore à l'aide de deux grands thèmes,
des règles horizontales et des règles verticales.
Les
règles horizontales concernent les craintes générales du
consommateur prises en compte par plusieurs directives. Ainsi, la
directive 93/43 réglemente l'hygiène des aliments, la directive
86/469 réglemente la recherche de contaminants physico-chimiques
dans les viandes et la directive 92/117 réglemente les maladies
du bétail éventuellement transmissibles à l'homme.
Les
règles verticales régissent les risques liés à chaque produit:
directive 64/433 pour les viandes fraîches, directive 89/437
pour les ovoproduits, directives 91/492 et 91/493 pour les
produits de la pêche, directive 92/46 pour les produits laitiers,
etc.
QU'APPORTE
L'HARMONISATION ?
Harmoniser
veut dire prendre des dispositions communes au titre d'exigences
essentielles vis à vis de la santé publique en impliquant
davantage les négociants. Cette volonté résulte du transfert
de la responsabilité des états vers les opérateurs. Ces
derniers gagnent en liberté de mouvement dans la communauté:
suppression des certificats de salubrité, contrôles non
discriminatoires, vérifications dès le départ mais moins
systématiques en frontière et seulement occasionnelles en cours
de trajet
L'HARMONISATION
et l'ECONOMIE COMMUNAUTAIRE
Chaque
secteur alimentaire, bien que soumis à des règles
communautaires, peut se prévaloir de ses caractéristiques
géographiques (comme par exemple le Jambon de la vallée d'Aoste
en Italie). Il importe que l'établissement de production soit
identifié, que le statut du bétail approvisionnant le marché
de production soit sain, que pour les coquillages la zone de
pêche soit salubre, que l'infrastructure de l'établissement de
production atteste d'un minimum de garanties, que le personnel
ait reçu une formation aux risques microbiens et que des auto-contrôle
de maîtrise des risques soient réalisés par des laboratoires
agréés puis supervisés par des inspections des services d'états.
Le
mécanisme de l'harmonisation, qui a supprimé les droits de
douane et les contingents d'importation, laisse également les
prix libres dans chaque pays membre. La monnaie unique sera la
nouvelle étape destinée à gommer les différences tarifaires
et à renforcer la concurrence. Les producteurs vendront ce que
bon leur semble et où ils le désirent, à condition de bien
indiquer la zone d'origine des marchandises. Le consommateur,
principal intéressé, bénéficiera ainsi d'un marché de
qualité.
Les
excédents agricoles représentent la marge de sécurité des
approvisionnements, le compromis étant selon Monsieur
Méhaignerie ancien Ministre de l'Agriculture "trois années
de surproduction sur cinq".
Les
exportations vers la communauté profiteraient aux pays tiers qui
vendent plus cher à l'Europe ce qu'ils commercialisent
habituellement au cours mondial, mais en revanche cela
faciliterait le maintien des prix internes.
LES
CONTRAINTES DE L'HARMONISATION
L'harmonisation
repose donc sur des modalités techniques (où le professionnel
gagne en simplifications grâce liberté de circuit) et
administratives (où l'autorité prolonge son action par le suivi
de circuit).
L'achèvement
du marché intérieur s'inspire des désirs du consommateur qui
veut plus de protection, de mentions d'origine et de doubles
contrôles (auto-contrôles et contrôles des états). L'Europe
du libre échange existe car les marchandises, bien que tenues de
ne répondre qu'à des critères de base, circulent en
satisfaisant à des exigences essentielles de sécurité. Le
législateur communautaire accentue aussi les garanties lorsqu'il
adopte des directives horizontales (en généralisant par exemple
la circulation de tous les produits) et des directives verticales
(en réglementant cette fois la production produit par produit).
Cette démarche permet à chaque partenaire communautaire de
préserver certaines formes nationales de commerce (comme la
coutume de la consommation d'escargots en France) sans pour
autant s'écarter de l'esprit Européen. Pour l'anecdote il faut
signaler que l'importation de chair d'escargots à partir de pays
tiers s'assortit de la présentation d'un certificat sanitaire
alors que l'introduction d'escargots vivants n'a pas ce genre d'obligation
vu que les gastéropodes de consommation n'ont pas de maladie
contagieuse connue.
A l'heure
actuelle le législateur communautaire fixe deux grands principes
d'encadrement des mouvements de denrées: le contrôle à l'origine
et le contrôle à destination.
LE
CONTROLE A LORIGINE ET A DESTINATION
Dans le cadre du marché unique il
ny a plus de contrôles sanitaires aux frontières
intérieures de la Communauté. Ils sont remplacés par les
contrôles à lorigine et à destination que lon peut
associer à deux grands types de contrôles : les
vérifications des échanges intra communautaires (directive 89/662)
et les vérifications des importations (directive 90/675).
La surveillance des flux incombe à chaque
D.S.V. ou Direction Départementale des Services Vétérinaires.
1°) Le contrôle à lorigine
(article 3 de la directive 89/662) nexiste que dans les
établissements producteurs agréés communautaires. Les produits
qui en émanent circulent librement avec des documents
commerciaux qui, une fois visés par le vétérinaire responsable
du contrôle de létablissement, deviennent également des
documents sanitaires (en remplacement des anciens certificats
sanitaires). Lestampille CEE, ou attestation sanitaire, se
voit ainsi attribuer une importance plus grande que par le passé.
2°) Le contrôle à destination (article
5 de la directive 89/662) repose sur une inspection dans
létablissement de première destination comme Rungis pour
le poisson (par sondage et non discriminatoire). Il importe de
connaître les opérateurs obligatoirement enregistrés auprès
des D.S.V., tenant un cahier des livraisons, conservant six mois
les documents et devant signaler toute arrivée de produits
dun autre état membre. La directive, article 5 dernier
alinéa, parle de convention entre la D.S.V. et les destinataires.
Cela sous entend qu'il existe entre administrants et administrés
passation d'une convention pour connaître à temps les
fréquences darrivages, savoir les tonnages et pour
établir des principes dintervention (jours, dates,
horaires, lieux
).
Les introductions des pays tiers incombent
aux P.I.F. ou Poste d'Inspection Frontalier.
1°) Les marchandises qui passent par
un P.I.F. Français y sont soumises à une triple
vérification ; documentaire (certificats), didentité
(correspondance entre écrits et produits) et physique (examens
macroscopiques et microscopiques). Il leur est délivré un
certificat référencé comme annexe B de la décision du 22
décembre 1992 pour circuler librement ; dans le cas
contraire il y a soit blocage (si vérifications complémentaires),
soit refoulement (si non conformité), soit destruction (si
toxicité). Le certificat dit "annexe B" a pour but de
faciliter la confrontation entre les informations transmises par
l'importateur et les produits introduits. Le regroupement de l'ensemble
des informations concernant un produit dans un même document
facilite le contrôle. Le contenu n'est pas secret et peut faire
l'objet d'une notification par avance par télécommunication au
point d'entrée dans la communauté.
LE CERTIFICAT DIT "ANNEXE
B" Le certificat "annexe B"
est un document attestant d'une double vérification, le
contrôle vétérinaire et le contrôle douanier. Le contrôle vétérinaire
d'introduction contient plusieurs rubriques : -
Les informations relatives au lot présenté ont trait à
: l'origine, la provenance, l'expéditeur, l'importateur,
le destinataire, le moyen de transport (numéro de vol,
de véhicule, de wagon, de bateau), les scellés,
le mode conservation et le poids. -
La décision relative au lot indique : propre à la
consommation humaine, animale ou destiné à l'usage
pharmaceutique, voire impropre à ces mêmes fins ou
refusé avec motivation et parfois à transformer.
-
Les observations mentionnent la nature du contrôle
effectué (documentaire, d'identité, physique) ainsi que
la nature des examens de laboratoire effectués ou en
cours. Le contrôle douanier
vérifie de son côté s'il y a eu rupture de charge, d'éventuels
autres lieux de stockage et s'inquiète de la
réexpédition vers un autre Etat membre. |
2°) Les marchandises passant par un P.I.F.
autre que Français.
-
Si les denrées sont harmonisées (pays tiers ou établissement
agréé par l' U.E. ou Union Européenne) elles subissent la
même vérification que ci-dessus.
-
Si elles ne sont pas harmonisées il a deux autres conditions :
+ sans accord préalable entre états membres, le triple
contrôle a lieu au P.I.F. de présentation qui nest pas
forcément Français (mais se comporte comme un Français);
+ avec accord préalable, il ny a à ce même P.I.F.
quun contrôle documentaire ne délivrant quune
«attestation partielle». Les contrôles physiques et
didentité ont lieu au P.I.F. Français qui délivre alors
lattestation définitive.
Il ressort que le principe du contrôle
consiste à optimiser la sécurité du consommateur à l'aide de
vérifications à l'origine et à destination qui s'assortissent
d'un triple examen documentaire, d'identité et physique. Cela
exige incidemment une certaine traçabilité mais surtout
lexistence dune convention entre autorité et premier
destinataire.
LE FUTUR
Pour l'avenir,
ce qui semble évident, c'est l'abolition définitive du
protectionnisme entre états membres. Les économies sont trop
interdépendantes pour voir se ré-instaurer les barrières
sanitaires totales, hormis les incidents ponctuels comme l'épisode
de la vache folle ou de la peste porcine. C'est à ce titre que
des clauses de sauvegarde sont prévues dans les directives. La P.A.C.
ou Politique Agricole Commune d'abord destinée à renforcer l'autosuffisance
alimentaire contribue énormément à accroître le commerce avec
les pays tiers. Les échanges internationaux seront donc de plus
en plus des flux de marchandises soumis aux règles de la
réciprocité "n'accepter une denrée que si elle est
produite dans les mêmes conditions que sur son propre sol".
La France, de par sa position géographique (ports sur le
littoral et autoroutes Nord-Sud), accentuera sa situation de
plaque tournante communautaire du commerce.
Le marché unique en supprimant les
négociations commerciales permanentes accroît les mouvements de
produits, gages de stabilité économique et de paix. Les
développements commerciaux à venir rendront encore davantage
les pays trop indépendants les uns des autres pour que le
protectionnisme ne réapparaisse.
CONCLUSION
Les importations en France (de produits
communautaires ou de pays tiers confondus), encore considérées
dans les années 1970 comme un problème économique, devinrent
dans les années 1980 un phénomène culturel (échanges d'idées,
de nouveaux produits) pour se transformer dans les années 1990
en un marché libre éloignant les anciens conflits européens.
La mondialisation devrait contribuer à davantage faire
évoluer la demande du consommateur vers des produits exotiques
et des arrivages comme des produits de la pêche en oubliant les
contraintes nationales de capture (comme l'ouverture périodique
de prise de la Coquille Saint Jacques).
Les nouvelles dispositions du contrôle
vétérinaire aux frontières allient donc les simplifications
douanières à un renforcement des vérifications. Le suivi
sanitaire permanent des produits accroît les garanties de
salubrité contribuant ainsi à améliorer la qualité des
échanges et des importations.
Claude
MONTASSIER, Paris le 15 septembre 1998
Téléphone
01.49.55.84.14.
LES ECHANGES
INTRA-COMMUNAUTAIRES ET LES IMPORTATIONS COMMUNAUTAIRES DES
DENREES D'ORIGINE ANIMALE
Les
échanges intra communautaires
|
Les
importations à partir de pays tiers
|
||
Les
établissements producteurs ont un agrément C.E.E.
|
Les
produits harmonisés doivent provenir de pays agréés
par L'U.E. Les
produits non harmonisés doivent avoir un agrément
bilatéral avec la France aux normes et statuts
sanitaires au moins égaux à celui de l'U.E. |
||
Libre circulation dans la
communauté |
Marchandises passant par un
poste Français |
Marchandises passant par le
poste d'un autre état membre |
|
| CONTROLE
ORIGINE = autocontrôles, HACCP, estampille CEE et traçabilité.
|
-
Triple vérification dans un des 21 P.I.F.
Français et; -
si conformité délivrance : d'attestation -
si non conformité : blocage, refoulement ou destruction. |
-
Si les denrées sont HARMONISEES se reporter à gauche
Ü -
si les denrées ne sont pas harmonisées voir ci-dessous,
|
|
| |
|
Sans
accord bilatéral : Triple contrôle au poste
sanitaire de présentation. |
Avec
accord bilatéral : Uniquement contrôle documentaire
avec simple délivrance d'ATTESTATION PARTIELLE. Les contrôles physiques et d'identité
ont lieu au poste Français avec délivrance d'ATTESTATION
DEFINITIVE. |
Historique vérifié 20050925